Soleil voilé : la difficile quête de soi

29 Juin 2017

Jean Dib Ndour, auteur Maizièrois, a sorti en avril son 2ème roman intitulé « Soleil voilé ».

Comment vous est venue l'idée de cette histoire, et de ce personnage de Niowi, enfant sénégalais qui quitte son pays pour suivre ses études en France ?

Suite à la sortie de mon premier livre, j'ai ressenti une forme de pression positive ; on me demandait beaucoup quand est-ce qu'un 2ème livre paraitrait. J'ai souhaité une forme de continuité avec « Un enfant d'Afrique ». J'ai donc inventé ce personnage de Niowi, cet enfant d'un village du Sénégal, qui part à Dakar, puis en France, la tête pleine d'espoir. L'idée était de faire un appel au dialogue des cultures, une réflexion sur le vivre ensemble, mais en évoquant des choses concrètes, vécues. Le parcours de Niowi me permettait d'aborder tout cela, le choc des cultures, l'amour métissé... des thèmes que je n'avais pas forcément évoqués dans mon premier livre, parfois par pudeur.


On y retrouve, comme dans « Itinéraire d'un enfant d'Afrique », le thème de la générosité.

Oui, je l'évoque notamment à travers le personnage de l'« oncle », qui est en fait un très bon ami du papa de Niowi, qui l'accueille chez lui, comme tant d'autres étudiants qui cherchent un toit. Dans la culture africaine, on se rend service, on s'accueille les uns les autres. C'est une grande solidarité, un devoir moral aussi. La notion d'intégrité rejoint celle d'africanité : on peut être ailleurs mais on se souvient de ses racines.


Peut-on dire qu'il s'agit de s'enraciner pour mieux s'élever ?

Oui c'est tout à fait cela. Dans le cas de Niowi, il s'agit de s'enraciner dans ses valeurs africaines. Je parle souvent de l'importance de cette « africanité », que mettent en avant Senghor et tant d'autres grands intellectuels africains. C'est pour moi un enracinement dans ces valeurs ancestrales. Il s'agit d'être fier de ses origines, y puiser les valeurs positives, ce qu'il y a de plus noble. C'est cela qui peut nous aider à nous élever, et, souvent, à apaiser les tensions.


Les tensions justement, comme le racisme, vous les évoquez, parfois avec beaucoup d'humour.

Je me suis inspiré de ce que j'ai vécu, et qui est malheureusement toujours d'actualité : l'impossibilité de rentrer dans une boite de nuit car les videurs ont reçu des consignes en ce sens, des regards mal intentionnés, etc… C'est dur, et c'est un vrai choc pour Niowi quand il arrive à Paris. Mais il arrive à prendre les choses avec philosophie, à ne pas entrer dans la confrontation.


Il n'y a jamais de jugement. Un parti pris ?

Oui. Je laisse le soin au lecteur de se faire sa propre idée sur les situations que vit Niowi. Je ne veux pas être donneur de leçons. L'éducation africaine nous apprend à ne pas juger, car personne n'est parfait.


Peut-on parler d'un voyage initiatique ? La quête de soi comme un long voyage ?

Oui. Contre vents et marées, Niowi part à Dakar. Puis il a cette soif de l'Europe, de l'Occident. L'eldorado. Son parcours, très riche, me permet d'évoquer de nombreuses situations et rencontres. On n'avance jamais seul ! On se découvre grâce à l'autre, et aussi dans les situations difficiles.


La quête de soi est aussi évoquée via le personnage de Jules, son ami métis.

Jules cherche une communauté, une identité. Il croit qu'il faut faire un choix. Sa crise vient de son métissage, mais surtout du fait que, à la différence de Niowi, il ne connait pas ses racines. Il n'est jamais allé en Afrique. Niowi a cet ancrage. Cela lui donne du recul sur les choses, les situations, il a déjà fait ce travail de quête identitaire. Si la quête de Jules est identitaire, celle de Niowi est existentielle et universelle ! L'idée générale est qu'il faut avoir un ancrage dans sa culture d'origine mais être ouvert à l'autre. Ne pas être dans une forme de ghettoïsation ou se tromper de voie ; comme lorsque j'évoque les jeunes de banlieue et le djihadisme qui leur vend une identité en kit. Il faut s'ouvrir au monde. Mais cette ouverture doit être réciproque !


Un dialogue à nourrir ?

Oui, c'est essentiel pour s'interconnecter, briser les barrières et vivre ensemble en parfaite harmonie.
En laissant derrière lui son village natal, Niowi ne sait pas encore qu'il s'apprête à emprunter le chemin de l'exil. Il part poursuivre ses études dans cette grande métropole d'Afrique, une simple étape car c'est l'Europe qui l'appelle. Comme tant d'autres avant lui, il va alors se laisser submerger par ce désir d'Europe, cette soif d'un ailleurs plein de promesse et d'espoir. Même si les leurres et les lueurs se profilent au fur et à mesure que le jeune Africain découvre l'Occident, il se fraie un chemin entre amour métissé, choc des cultures, intégration ou assimilation.
Ouvrage disponible sur toutes les plateformes d'Amazon ou par mail : jeandib.ndour@gmail.com
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